Question : Pouvez-vous nous rappeler l'origine et les enjeux de la plateforme que vous animez?

Monique EMERIAULT : Dès 2000, les Centres de Formations d’Apprentis (CFA) aquitains se sont engagés à organiser et mettre en place une formation qualifiante de qualité. Le constat montrait alors que les publics accueillis dans l’apprentissage, quelque soit le niveau de qualification visé, avaient un profil de plus en plus hétérogène. Cela générait des situations complexes en terme de préparation à la qualification pour les équipes pédagogiques et à l’insertion pour le secteur économique.

C’est pourquoi, entre 2001 et 2007, la Région Aquitaine, en s’appuyant sur le Fonds Social Européen, a invité les Centres de Formation d’Apprentis à présenter des propositions d’actions innovantes autour de l’individualisation de la formation en vue d’enrichir les pratiques pédagogiques et de prendre en compte l’hétérogénéité des apprentis. Dans un 1er temps, il s’agissait de capitaliser et de s’appuyer sur les actions individuelles initiées dans les CFA entre 1994 et 2000 traitant des réponses apportées en matière d’hétérogénéité. Puis, ont été mis en œuvre des projets collectifs s’inscrivant dans des démarches de mutualisation d’outils et de bonnes pratiques, visant la professionnalisation des équipes pédagogiques en faveur d’une co-construction d’un dispositif régional d’individualisation dans l’apprentissage.

En 2008, les travaux relatifs à l’individualisation dans l’apprentissage issus de cette démarche collective, ont fait l’objet d’une intégration dans la convention quinquennale portant fonctionnement d’un Centre de Formation d‘Apprentis. Les résultats obtenus présentent, aujourd’hui, un caractère d’organisation systémique de services à 2 niveaux :

1- le niveau régional avec : • La plateforme d’accès en vue d’informer sur l’apprentissage, notamment dans une perspective d’accompagnement des parcours de formation dans un processus de formation tout au long de la vie et prenant appui sur un réseau organisé et constitué de professionnels autour du dispositif de l’apprentissage.

• La plateforme de Mutualisation Qualité et Individualisation, visant l’accompagnement et l’appui des équipes pédagogiques des C.F.A. dans un processus de professionnalisation continue et d’innovation par la capitalisation et la modélisation des pratiques et des ressources sur le territoire régional.

2- le niveau local avec : • La gamme régionale de services de l’individualisation dans les C.F.A. qui identifie, structure et qualifie les activités et les services offerts aux apprenti(e)s en vue de répondre à l’hétérogénéité des publics autour de 4 dispositifs :

- Accueil en CFA et l’Analyse De Profil (A.D.P.) - Socle de formation (modularisé ou non) - Ressources d’accompagnement - Validation, certification

Sur ces bases contextuelles, les enjeux des travaux proposés par la plateforme régionale de mutualisation en appui aux CFA visent le développement de la qualité dans un processus continu autour de deux thématiques fortes que représentent l’approche par les compétences et l’individualisation. Il existe aussi un enjeu de développement de la compétence collective des CFA afin de proposer une offre de formation en apprentissage qui soit à la fois attirante et efficiente.

Question : Quels sont les différents chantiers qui sont d'ores et déjà ouverts?

Monique EMERIAULT : L’animation de la plateforme repose sur l’organisation suivante qui apparaît tout à fait en phase avec la modalité formation-action que nous envisageons :

  • des rencontres régionales, dont l’objectif est de questionner les pratiques, valider celles qui donnent des résultats probants, chercher des modalités, des organisations pertinentes, former les personnels.
  • des expérimentations concrètes auprès de groupes d’apprentis dans le CFA pour tester, approfondir, se questionner, valider les contenus des travaux régionaux. Ces expérimentations peuvent être accompagnées par l’intervention de la plateforme en accompagnement.

Les groupes de travail ouverts en 2009 sont les suivants :

  • « Enrichissement de l’analyse de profil par compétences Â»
  • « Compétences culturelles, sociales et citoyennes Â»
  • « Portefeuille de compétences de l’apprenti(e) Â»
  • « Pratiques professionnelles de l’apprenti(e) en entreprise : analyse et exploitation au CFA"
  • « Exploration de scénarios et de parcours-types individualisés"
  • « Expérimentation de l’ouverture des titres du Ministère de l’Emploi dans l’Apprentissage"


De façon transversale, un groupe collabore autour de la question de «l’apprentissage au féminin Â» et un autre à la création d’outils TIC, supports de l’individualisation.


Question : L'équipe du CIBC va participer, au côté de Guy LE BOTERF, à la conduite d'une mission de professionnalisation des formateurs des CFA. Pouvez-vous nous en présenter les principaux objectifs?

Monique EMERIAULT : La pédagogie de l’alternance au sein de l’apprentissage repose pour une bonne part sur la recherche de la meilleure coopération possible entre le CFA et les entreprises. Cette coopération s’est enrichie au cours des dernières années : visites de suivi des apprentis plus nombreuses, réalisation d’évaluation du jeune avec le maître d’apprentissage (dans le cadre du CCF). Mais la prise en compte au sein du CFA des expériences des apprentis en entreprise reste cependant rarement effectuée. L’intérêt des CFA et de la Région pour l’approche par les compétences a conduit à considérer que ces apports de la didactique professionnelle pouvaient aider les équipes pédagogiques de CFA à renouveler leurs pratiques de formation en vue de mieux travailler la spécificité de l’apprentissage : les jeunes développent des apprentissages (informels et formels) au travail qu’ils intégreront d’autant mieux sous la forme de compétences professionnelles que le CFA les aidera à transformer cette expérience en compétences. De manière opérationnelle, la plateforme attend de cette formation-action l’appropriation par les équipes de formateurs d’une démarche d’animation des séances collectives de « récupération du vécu de l’apprenti Â» en vue de lui permettre l’analyse et la mise à distance de ses pratiques. Cette démarche pourra être un point de départ à l’individualisation des situations et objectifs de formation ainsi qu’à la valorisation par l’apprenti de ces expériences dans un portefeuille de compétences, outil de son projet d’insertion.